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Georges-Louis Leclerc de Buffon

Buffon : Biographie

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Biographie de Buffon (1707-1788)

 

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naquit au château de Montbart, en Bourgogne. Son père, conseiller au parlement de Dijon, le destinait à la magistrature ; il ne montra pas, dans son enfance, des aptitudes particulières pour les sciences naturelles et ne laissa pas deviner sa vocation future. Vers la fin de ses classes, Buffon fit, avec un de ses amis, un voyage en Italie et en Angleterre. C’est le seul qu’il ait fait dans sa vie. De retour en France, il partagea son temps entre le travail et les plaisirs. Sa jeunesse fut dissipée mais, malgré les longues veilles des soupers et du jeu, il se levait à la même heure et ne changeait rien à ses habitudes laborieuses. Il travaillait quatorze heures par jour. Son domestique le réveillait à cinq heures, et avait ordre d’user, au besoin, de violence. Le même serviteur s’est acquitté de cet office pendant soixante années, sans jamais user des moyens extrêmes. Buffon lui attribuait, plus tard, un grand nombre de ses ouvrages. « Je dois à Joseph, disait-il, au moins dix a douze volumes de mes œuvres. » Cette persévérance au travail peut seule expliquer les œuvres nombreuses du philosophe, la perfection de son style et sa définition du génie, qu’il appelait une longue patience. Ajoutons que Buffon avait le travail difficile ; souvent il passait une matinée entière à tourner une phrase et à chercher la seule expression qui pût rendre sa pensée. De là la pureté et l’harmonie de son style. On dit que le manuscrit des Études de la nature fut recopié jusqu’à onze fois.

 

Les travaux scientifiques de Buffon lui ouvriront, à vingt-six ans, les portes de l’Académie des sciences ; cependant rien, dans ces premiers essais, ne faisait présager le grand naturaliste et le grand écrivain. Ce fut une faveur de cour qui éveilla son génie. Nommé, à trente-trois ans, intendant du jardin du roi, il voulut devenir naturaliste pour s’acquitter consciencieusement de ses fonctions. Il se mit donc à l’œuvre avec ardeur, étudiant d’abord les plantes, les animaux, les minéraux dont il avait sous les yeux une si riche collection, puis l’homme, la terre, enfin la nature entière.

 

Après dix ans de recherches et de méditations, il publia les trois premiers volumes de son Histoire naturelle. Cet ouvrage obtint, dès son apparition, un immense succès : un grand naturaliste et un grand écrivain venaient de se révéler ç la France. Buffon mit quarante ans à écrire les trente-trois autres volumes, sans pouvoir achever son œuvre. Il s’adjoignit comme collaborateurs, le savant Daubenton, l’abbé Bexon et Gueneau de Montbéliard. Daubenton était chargé spécialement d’étudier les questions d’anatomie et de disséquer les animaux. Il soumettait ensuite ses expériences et ses recherches à Buffon, qui n’avait qu’à revêtir ces données générales de son magnifique style. Cette coopération, il faut bien le dire, fut mal reconnue par le maître, qui s’appropria toute la gloire et laissa dans l’ombre ses savants collaborateurs.

 

Les volumes sur l’Histoire naturelle furent accueillis avec un enthousiasme extraordinaire ; tout le monde, même les courtisans et les dames, prirent goût à une science qu’on venait de mettre à leur portée dans un livre si attrayant et si clair. Le grand mérite do Buffon est, en effet, tout entier dans son talent d’écrivain ; il semble que l’on voit, que l’on touche tout ce qu’il décrit.

 

Les premiers volumes de l’Histoire naturelle lui ouvriront les portes de l’Académie française. En y entrant, il prononça un magnifique discours sur le style dans lequel il donne d’excellents conseils sur l’art d’écrire, et il a le mérite de joindre l’exemple au précepte. C’est lui qui a dit ce mot célèbre et si souvent cité : « Le style, c’est l’homme. »

 

Ce mot était surtout vrai pour lui. Le style de Buffon emprunte sa pompe, son élévation et sa noblesse, au caractère, aux goûts naturels de l’écrivain. Les contemporains nous le montrent dans son château de Montbart, s’enfermant dès le point du jour dans son cabinet de travail, en grande toilette, en manchettes de dentelles, la perruque poudrée avec soin et l’épée au côté ; il ne pouvait travailler, disait-il, que « lorsqu’il se sentait propre et bien arrangé ». Dans ce cabinet, qui n’avait d’autre ornement qu’un portrait de Newton, il passait de longues heures à méditer ses belles périodes, corrigeant vingt fois, lisant tout haut pour s’assurer par lui-même de la chute harmonieuse de ses phrases. Le dimanche, il se rendait à l’église, accompagné d’un capucin, son confesseur et son intendant, et, marchant la tête haute, au milieu de tous ses vassaux, il s’asseyait avec pompe dans son banc seigneurial et recevait l’encens, l’eau bénite et les autres honneurs dus à son rang. Dans ce grand seigneur, aux nobles manières, on devine déjà l’écrivain un peu trop solennel. La pompe habituelle et la monotonie du style de Buffon faisaient dire à Voltaire que son Histoire naturelle n’était pas si naturelle.

 

On lui a aussi reproché de manquer de sensibilité. « Buffon surprend par son style, a dit Chateaubriand, mais rarement il attendrit. Lisez l’admirable article du chien ; tous les chiens y sont… Qu’y manque-t-il ? Le chien de l’aveugle. Et c’est celui-là dont se fût d’abord souvenu un chrétien. » En lisant Buffon, on sent, en effet, qu’il appartient encore à l’Encyclopédie. Le nom de Dieu se trouve quelquefois dans ses ouvrages, mais rarement sa pensée de Dieu ; il a même l’air de vouloir tout expliquer par la puissance de la nature et se passer d’un Dieu personnel.

 

Malgré son absence de foi positive, Buffon garda toujours une grande réserve vis-à-vis des philosophes, ses contemporains ; il eut soin de ne pas se compromettre avec Voltaire, Helvétius et les autres ; non qu’il désapprouvât leur système, mais parce qu’il craignait d’attirer sur lui la colère du roi et des prêtres.

 

À l’âge de soixante-sept ans, il publia les Époques de la Nature, le mieux écrit de ses ouvrages, quoiqu’on puisse lui reprocher le défaut de sensibilité que nous venons de signaler.

 

Buffon eut, comme beaucoup d’hommes éminents, de grandes faiblesses d’esprit. Il était plus convaincu que personne de la supériorité de son génie. Son fils, lui ayant élevé, dans le parc de Montbart, une petite colonne avec une inscription : « Mon fils, lui dit-il tout attendri, cela vous fera honneur. »

 

On raconte que Rousseau alla visiter Montbart ; arrivé au pavillon où Buffon avait composé son Histoire naturelle, il se mit à genoux et baisa le seuil de la porte. Quelque temps après, un autre visiteur, interrogeant Buffon sur cette circonstance : « Oui, répondit celui-ci naturellement, Rousseau y fit hommage. » Un autre jour, on lui demandait combien il comptait de grands hommes : « Cinq, répondit-il : Newton, Bacon, Leibnitz, Montesquieu et moi. »

 

Il faut dire, pour excuser cette vanité excessive, que peu d’écrivains excitèrent plus que lui l’admiration universelle. De son vivant, on lui éleva une statue à l’entrée du Muséum d’histoire naturelle, avec cette inscription : « Génie égal à la majesté de la nature ». Pendant la guerre d’Amérique, des corsaires anglais ayant capturé un vaisseau où se trouvaient des caisses à son adresse, ils les lui envoyèrent intactes à Paris. Les souverains de l’Europe l’honorèrent de leur visite ou de riches présents.

 

Buffon mourut à l’âge de quatre-vingt-un ans, un an avant la convocation des états-généraux. On lui fit de magnifiques funérailles. Il laissa un fils qui périt à vingt-neuf ans, victime de la Révolution. Ce jeune homme monta sur l’échafaud avec courage, et avant de mourir prononça ces simples paroles : « Citoyens, je me nomme Buffon. » Ce nom aurait dû le sauver.

 

 

[D’après Daniel Bonnefon. Les écrivains célèbres de la France, ou Histoire de la littérature française depuis l'origine de la langue jusqu'au XIXe siècle (7e éd.), 1895, Paris, Librairie Fischbacher.]


> Résumés d’œuvres de Buffon

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