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Pierre Corneille
Porteur des valeurs du Grand Siècle, notamment l'honneur, Pierre Corneille (1606-1684) est avec Jean Racine le plus grand tragédien classique français, auteur du Cid (1637), de L'Illusion comique (1636), d'Horace (1640) et de Cinna (1641).

Le Cid de Corneille : Résumé

il y a 19 mois Suivre · Utile · Commenter


Résumé : Le Cid de Corneille (1637)

 

Don Rodrigue et don Sanche, jeunes seigneurs de la cour de Fernand ou Ferdinand Ier, roi de Castille en 1033, sont épris tous deux de Dona Chimène, fille de D. Gomès, seigneur de la même cour. Rodrigue est préféré par Chimène ; D. Diègue, homme âgé et père de Rodrigue, doit demander à D. Gomès la main de sa fille pour son fils. Mais le jour même le roi vient de choisir D. Diègue pour gouverneur de l’infant de Castille. D. Gomès prétendait à ce poste. Il est jeune, dans la force de l’âge, plein d’ardeur ; tandis que son rival, accablé d’années, ne pouvait invoquer que des services passés. Il se laisse aller contre D. Diègue à quelques paroles de jalousie. Ce dernier cherche à le calmer, lui manifeste le désir d’unir leurs deux maisons, et lui demande pour Rodrigue la main de Chimène. D. Gomès refuse avec une modestie ironique, et revient sur la préférence que le roi a donnée à D. Diègue. Des paroles d’aigreur sont échangées, et D. Diègue en vient à dire à D. Gomès que s’il n’a pas été nommé gouverneur du prince, c’est qu’il n’était pas digne de ce haut emploi. À ce mot, D. Gomès ne peut contenir sa colère, et donne un soufflet à D. Diègue. Le vieillard outragé met les armes à la main pour venger son affront ; mais, accablé par l’âge, sa force le trahit, et il est désarmé. Alors il a recours à son fils, et lui demande de le venger. D. Rodrigue, bien qu’adorant Chimène, comprend que son amour doit être sacrifié à l’honneur de son père ; il n’hésite pas : il va provoquer D. Gomès, et le tue dans un combat singulier. Dès que Chimène apprend cette funeste nouvelle, elle renonce à son mariage pour ne plus songer qu’à obtenir justice contre Rodrigue. Elle vient la demander au roi, qui lui répond que sa demande sera délibérée en plein conseil.

 

Sur ces entrefaites, les Mores tentent de s’emparer de Séville, lieu où se passe la scène. Rodrigue marche à leur rencontre, les défait complètement, et sauve la ville. Le roi veut récompenser sa valeur, lorsque Chimène vient lui rappeler sa promesse, et réclamer vengeance de nouveau. Fernand hésite entre son devoir, qui est de punir le meurtrier de D. Gomès, et son penchant qui le porte à sauver Rodrigue. Alors Chimène exaltée promet d’épouser quiconque lui apportera la tête de Rodrigue tué en duel. Le roi saisit cette idée de Chimène, mais il autorise un seul combat, et y met la condition que, quelle qu’en soit l’issue, Chimène se tiendra pour satisfaite, et épousera le vainqueur.

 

D. Sanche, qui avait déjà offert à Chimène de venger la mort de son père, se présente : Chimène l’accepte pour son champion, et le combat a lieu hors de la présence du roi et de sa cour. Peu d’heures après, D. Sanche vient déposer son épée aux pieds de Chimène. Vaincu et désarmé par Rodrigue, son vainqueur lui a commandé cette démarche. À la vue de D. Sanche, Chimène le croit vainqueur ; doublement malheureuse par la perte de son père et de l’amant qu’elle préférait, elle éclate en sanglots, et sans laisser à D. Sanche le temps de parler, elle l’accable de reproches.

 

Alors le roi entre, suivi de toute sa cour, et bien certain, par les aveux mêmes de Chimène, qu’elle aime toujours Rodrigue, il lui apprend que son amant est vainqueur, la loue de sa piété filiale, lui représente qu’elle a fait tout ce que le devoir lui commandait, et l’engage à pardonner à Rodrigue et à l’accepter pour époux. Chimène représente qu’elle ne saurait le faire ; mais sa résistance est assez faible pour laisser voir qu’un jour, peu éloigné peut-être, elle en viendra à suivre le conseil du roi.

 

Appréciation littéraire et analytique

 

Le sujet de la pièce de Corneille est l’amour que Rodrigue et Chimène ont l’un pour l’autre, traversé par la querelle de don Diègue et du Comte, et par la mort de ce dernier, tué par le Cid. La situation violente de Chimène entre son amour et son devoir forme le nœud qui doit se trouver dans toute action dramatique ; et ce nœud est en lui-même un des plus beaux qu’on ait imaginés, indépendamment de la péripétie qui peut terminer la pièce. Cette péripétie, ou changement d’état, est la double victoire de Rodrigue, l’une sur les Maures, qui sauve l’État, et met son libérateur à l’abri de la punition ; l’autre sur don Sanche, laquelle, dans les règles de la chevalerie, doit satisfaire la vengeance de Chimène. Le sujet est irréprochable dans tous les principes de l’art, puisqu’il est conforme à la nature et aux mœurs. Il est de plus très intéressant, puisqu’il excite à la fois l’admiration et la pitié : l’admiration pour Rodrigue, qui ne balance pas à combattre le Comte dont il adore la fille ; l’admiration pour Chimène, qui poursuit la vengeance de son père en adorant celui qui l’a tué, et la pitié pour les deux amants, qui sacrifient l’intérêt de leur passion aux lois de l’honneur. Je dis l’intérêt de leur passion, et non pas leur passion même : car si Chimène cessait d’aimer Rodrigue parce qu’il a fait le devoir d’un fils en vengeant son père, la pièce ne ferait pas le moindre effet…

 

« Les reproches incontestables que l’on peut faire au Cid sont :

1° Le rôle de l’infante, qui a le double inconvénient d’être absolument inutile, et de venir se mêler mal à propos aux situations les plus intéressantes ;

2° L’imprudence du roi de Castille, qui ne prend aucune mesure pour prévenir la descente des Maures, quoiqu’il en soit instruit à temps, et qui par conséquent joue un rôle peu digne de la royauté ;

3° L’invraisemblance de la scène où don Sanche apporte son épée à Chimène, qui se persuade que Rodrigue est mort, et persiste dans une méprise beaucoup trop prolongée, et dont un seul mot pouvait la tirer. On voit que l’auteur s’est servi de ce moyen forcé pour amener le désespoir de Chimène jusqu’à l’aveu public de son amour pour Rodrigue, et affaiblir ainsi la résistance qu’elle oppose au Roi qui veut l’unir à son amant. Mais il ne paraît pas que ce ressort fût nécessaire, et la passion de Chimène était suffisamment connue ;

4° La violation fréquente de cette règle essentielle qui défend de laisser jamais la scène vide, et que les acteurs entrent et sortent sans se parler ou sans se voir ;

5° La monotonie qui se fait sentir dans toutes les scènes entre Chimène et Rodrigue, où ce dernier offre continuellement de mourir. J’ignore si, dans le plan de l’ouvrage, il était possible de faire autrement ; j’avouerai aussi que Corneille a mis beaucoup d’esprit et d’adresse à varier, autant qu’il le pouvait, par les détails, cette conformité de fond; mais enfin elle se fait sentir…

 

Voilà, ce me semble, les vrais défauts qu’on peut blâmer dans la Conduite du Cid : ils sont assez graves. Remarquons pourtant qu’il n’y en a pas un qui soit capital, c’est-à-dire qui fasse crouler l’ouvrage par les fondements, ou qui détruise l’intérêt ; car un rôle inutile peut être retranché, et nous en avons plus d’un exemple. Il est possible à toute force que le roi de Castille manque de prudence et de précaution, et que don Sanche, étourdi de l’emportement de Chimène, n’ose point l’interrompre pour la détromper : ce sont des invraisemblances, mais non pas des absurdités.

 

Concluons que dans le Cid le choix du sujet, que l’on a blâmé, est un des plus grands mérites du poète. C’est, à mon gré, le plus beau, le plus intéressant que Corneille ait traité. Qu’il l’ait pris à Guilain de Castro, peu importe : on ne saurait trop répéter que prendre ainsi aux étrangers ou aux anciens pour enrichir sa nation sera toujours un sujet de gloire, et non pas de reproche. Mais ce mérite du sujet est-il le seul ? J’ai parlé de la beauté des situations : il faut y joindre celle des caractères. Le sentiment de l’honneur et de l’héroïsme de la chevalerie respirent dans le vieux don Diègue et dans son fils, et ont dans chacun d’eux le caractère déterminé par la différence d’âge. Le rôle de Chimène, en général noble et pathétique, tombe de temps en temps dans la déclamation et le faux esprit, dont la contagion s’étendait encore jusqu’à Corneille, qui commençait le premier à en purger le théâtre ; mais il offre les plus beaux traits de passion qu’ait fournis à l’auteur la peinture de l’amour, à laquelle il semble que son génie se pliait difficilement. » La Harpe

 

Vers le milieu du XVIIIe siècle, les comédiens imaginèrent de supprimer le rôle de l’infante, et J.-B. Rousseau se fit l’exécuteur de cette sentence, que La Harpe confirme un peu légèrement ; voici, sur ce rôle, une opinion qui vaut bien la sienne et celle de J.-B. Rousseau : « Aujourd’hui, quand les comédiens représentent le Cid, ils commencent par la 3e scène. Il paraît qu’ils ont très grand tort ; car peut-on s’intéresser à la querelle du Comte et de don Diègue si on n’est pas instruit des amours de leurs enfants ? L’affront que Gormas fait à don Diègue est un coup de théâtre, quand on espère qu’ils vont conclure le mariage de Chimène avec Rodrigue. Ce n’est pas jouer le Cid, c’est insulter son auteur que de le tronquer ainsi. » Voltaire



Imitations par Corneille de la tragédie espagnole

 

Les principales idées dramatiques appartiennent à Guilhem de Castro, surtout celle de rendre Rodrigue et Chimène amoureux l’un de l’autre avant la querelle de leurs pères. Les points de comparaison, dans plusieurs des scènes principales, entre autres celle de la dispute, puis celle de don Diègue et de Rodrigue, seraient assez nombreux, et beaucoup de pensées de l’auteur espagnol se retrouvent dans Corneille ; cependant le nombre des vers imités ou traduits ne s’élève guère qu’à 250 environ, et de la forme étroite du mètre espagnol.

 

Plusieurs critiques, même assez renommés, ont écrit que le Cid de Corneille n’était qu’une traduction d’une tragédie espagnole du poète Diamante : Voltaire, le premier, signala cette imitation servile, dans un article de journal publié en 1764 ; il eut soin d’ajouter que la pièce de Diamante était si rare, qu’il n’en existait que trois exemplaires dans toute l’Espagne.

 

Voltaire avait le malheur d’être un peu jaloux de Corneille, et cette découverte du Cid de Diamante en est une preuve ; car, au lieu d’avoir servi d’original et de modèle au Cid français, elle n’en est qu’une traduction. Voltaire ne pouvait pas l’ignorer. Son erreur, très peu involontaire, a fait son chemin, comme nous l’avons dit.

 

Nous avons cru devoir signaler ce fait, parce que Voltaire l’a encore reproduit, dix ans après, dans une nouvelle édition revue et augmentée, de son Commentaire sur Corneille ; parce que les éditeurs de ses œuvres ont recueilli, dans les volumes de Mélanges, cette espèce de dissertation d’une loyauté si suspecte ; enfin parce que dans un Trésor du théâtre espagnol, publié à Paris, on a imprimé la pièce de Diamante, en paraissant la donner comme l’original du Cid de Corneille.

 

 

[Extrait de Théâtre classique, Delagrave, 1809]

 

 

» Lire la biographie de Corneille


> Résumé des œuvres de Corneille

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