Les fausses confidences de Marivaux : Résumé

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Résumé : Les fausses confidences, de Marivaux (1737)

 

Certains critiques blâmèrent, dans cette comédie le sujet même, qui leur paraissait trop romanesque. Ils stigmatisaient le rôle de cette « riche veuve qui s'enflamme dans quelques heures pour un inconnu sans fortune, et finit par épouser le soir celui qu'elle a vu le matin ». Mais, il y a une vérité au théâtre qui n'est pas celle du monde : on doit y laisser librement circuler tout ce qui n'est pas absurde en soi. Il n'y a pas de loi qui fixe de terme à une femme pour aimer, et pour épouser celui qu'elle aime. On conçoit très bien qu'elle aille vite en amour.

 

Le sujet des Fausses Confidences de Marivaux est d'une invraisemblance bien moins forte, et qui d'ailleurs disparaît entièrement par l'étonnante habileté de l'exécution. Les connaisseurs admirent l'art de l'auteur, qui a su répandre une couleur de vraisemblance sur un événement aussi extraordinaire. En effet, Araminte est riche ; mais elle n'a pas l'ambition d'accroître sa fortune ni d’ajouter à son nom un titre de comtesse, ainsi que le voudrait sa mère. Elle gémit des préjugés du monde qui lui défendent de faire le bonheur d'un honnête homme ; elle est disposée à les braver, si elle osait : l'amour, on le prévoit dès lors, lui en fournira l'occasion et le courage.

 

Dorante a vraiment bonne façon; c'est une remarque qui échappe à Araminte, dès le premier coup d'œil qu'elle a jeté sur lui. Il a un mérite de plus ; c'est qu'il est passionnément amoureux. Ce serait un ridicule peut-être, un motif de disgrâce auprès d'une femme coquette; mais aux yeux d'une femme vertueuse et tendre, c'est la plus belle des qualités. Avec toute sa passion, l'aimable intendant est trop discret et trop timide pour en laisser rien percer au-dehors. Par bonheur, il peut, en toute assurance, se ménager les honneurs de la discrétion et de la timidité, puisqu'un valet intelligent, autorisé par lui à faire ses affaires, s'en acquitte à merveille. C'est ce valet qui découvre à Araminte le fol amour qu'elle a inspiré à Dorante. Pourquoi chasserait-elle, sur un si léger prétexte, un pauvre intendant qui fait son devoir, et qui, au demeurant, n'est pas encore sorti avec elle des bornes du respect ? D'ailleurs, quelle femme s'est fâchée jamais d'être adorée ? Elle le gardera donc ; rien de plus naturel.

 

Mais tout le monde se déclare contre lui, madame Argante, le comte Dorimont, et jusqu'à ce Dubois, qui paraît être son adversaire le plus dangereux. Il est tout simple qu'Araminte (car elle est femme, et partant veut être maîtresse chez elle) le défende contre tant d'ennemis. À force de le défendre, comment n'en viendrait-elle pas à concevoir pour lui un véritable intérêt ? Il peut maintenant tomber aux genoux de sa maîtresse et lui avouer qu'il brûle pour elle d'une flamme téméraire ; on ne le trouvera pas si coupable qu'il a l'air de le craindre, on a désormais pour lui les mêmes sentiments. Encore quelques contrariétés de la part des gens qui prétendent la gouverner, et Araminte sera bien près de faire à son amant le plus grand des sacrifices : de l'épouser.

 

Elle hésite encore pourtant, et même elle l'a congédié ; mais dans une dernière entrevue, une audience de congé, elle lui avoue qu'elle l'aime. Dorante, ivre de joie, croit devoir payer une félicité si grande et si imprévue par l'aveu sincère des ruses qu'il a permis à son fidèle Dubois d'employer, dans l'espérance, ou plutôt le désespoir de réussir. Tant de franchise achève de gagner Araminte, qui, justifiée suffisamment à ses propres yeux, et bravant l'opinion de ses amis et de sa famille, se mariera selon le vœu de son cœur : rien ne saurait plus la faire changer de résolution.

 

Ne serait-ce pas plus invraisemblable si Araminte n'offrait pas sa main à Dorante ? Cette pièce est donc lavée du seul reproche que pussent lui' adresser, avec quelque apparence de raison, les critiques. Mais, au reste, que de détails charmants, que de révélations du cœur fines et déliées, que de situations neuves nous trouverons, en lisant la pièce et l'analysant scène à scène !

 

Il convient de rendre un juste hommage à la vérité et à la diversité de caractères dont Marivaux a marqué chacun des personnages de sa comédie.

D'abord, madame Argante, femme vaine, ridicule, entêtée de ses idées de fausse grandeur, et persuadée qu'elle a droit de conduire Araminte, devenue veuve et indépendante, comme une petite fille.

Le comte Dorimont, plat, insignifiant personnage, qui serait d'une nullité complète, s'il ne servait de machine à empêcher l'action de se développer trop rapidement et librement ; inutile, sous tout autre rapport, à la pièce dont il fait partie, comme l'étaient alors au monde où ils végétaient la plupart des gens de son espèce.

M. Remy, représentant naïf de la classe moyenne de ce temps, estimable dès lors par ses mœurs, sa franchise, sa probité, nonobstant les éternelles plaisanteries sur les procureurs; personnage grossier toutefois, comme l'étaient beaucoup de nos pères avant la fusion générale des divers ordres de la société.

 

Araminte est le plus délicieux portrait de femme qu'ait esquissé Marivaux. Bonne, sensible, souriant à tout le monde, assez ferme cependant pour résister aux préjugés de sa mère, il serait impossible de ne pas l'aimer d'amour, fût-on son intendant, son laquais même : il n'est personne qui ne comprenne et ne soit prêt à partager la folle ardeur de Dorante.

 

Marton n'est pas jetée dans le moule commun des soubrettes du vieux répertoire. Ce n'est pas une égrillarde qui mène sa maîtresse, gourmande le prétendu de sa maîtresse et dirige toute l'intrigue de la comédie ; c'est une bonne fille qui sait se tenir à sa place. Elle veut se marier, et elle accepte Dorante, dès qu'on le lui offre ; elle se fâche un peu quand ce mariage, arrangé brusquement par M. Remy, vient à manquer ; mais elle est bientôt, sinon consolée, au moins détachée de cet amant qui commençait à lui plaire beaucoup : il faut bien qu'elle fasse dans son cœur place pour un autre; elle veut se marier.

 

Enfin, reste Dubois. Celui-ci est bien un valet taillé sur le patron de convention des Crispins et des Mascarilles, suffisants, impertinents, ayant de l'assurance pour leurs maîtres toujours nécessairement un peu embarrassés. Mais Dubois, par une heureuse conséquence de sa position, se montre tel qu'il doit être. Il a entre les mains le sort de Dorante ; il est le seul qui puisse agir et parler, puisque l'amant, cette fois, pour dissimuler son amour, est obligé de se tenir sur le second plan : il est bien permis à un homme qui se sent indispensable, de faire un peu l'important, à plus forte raison si cet homme est un valet.

 

[M. Duviquet. Œuvres complètes de Marivaux, 1830]

 

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