Louis Scutenaire et le tailleur noir de Lorrie

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Scutenaire  qui  - disait-il -  « se porte sur son propre dos »  aura rappelé quelque chose d'essentiel : ce qui influence le plus l'œuvre d'un écrivain est l'œuvre elle-même. Lorsqu'un auteur commence à écrire en toute connaissance de cause, c'est-à-dire lorsqu'il sait qu'il écrit, que ce sera là son destin. En conséquence la "maladie" de l'écriture ne le quittera plus mais  l'œuvre prend son indépendance, vit sa propre vie. Elle devient  un organisme qui contamine l’auteur. Elle le guide, le conduit, le poursuit voire le « condamne ». Le modelage formel finit par avoir raison des événements qui entourent l'auteur. Le jeu, le « faux » de l'écriture deviennent le moyen de tenter de connaître le vrai, de percer le secret des événements qui ne sont qu'écume des jours. Une écume dont la brutalité est « un vacarme, une bêtise, un pouvoir d’abrutissement ». Mais surtout une addiction.

 

En conséquence face aux journalistes « nourrisseurs de poubelles » l’auteur belge ne pouvait vivre que dans l’ombre de l’écriture. « C’est cette ombre qui me convient »  dit celui qui souvent feint dans ses « Inscriptions » la faconde drolatique (« on annonce toujours la mort des célébrités et jamais leur naissance » - celle de l’auteur eut lieu en 1905 à Ollignies-Lessines)  mais qui cache derrière elle à la fois une rudesse et une liberté. Elle fait de lui un surréaliste. Un vrai.

 

 Son expérience poétique trouve son fondement en des scènes traumatiques qui elles-mêmes renvoient à d'autres traumas plus primitifs encore. Mais Scutenaire restera pratiquement muet sur le sujet - sinon dans quelques  arpents des « Degrés » (Fontaine, 1945) ou « Les vacances d’un enfant » (Gallimard, 1947). Il  causa chez lui des crises de mélancolie profonde mais aussi des révoltes que « Mes inscriptions » martelèrent. Les lectures, les images de sa jeunesse ont entretenu confusément  un "inné" dur à assumer  que l'écriture à la fois confirme et infirme. De ce substrat traumatique une langue s'échappe, dérive, virevolte.  Elle donne une dimension impersonnelle, distanciée à la souffrance, au vide, au non-sens. Elle lance ses bouts d'existence incorruptible à la gueule répugnante de la mort.

 

Certes pour l'auteur rien ne sera sauvé : il demeurera sans rêve et dérouté. Néanmoins il gardera toujours une bougie qui danse dans sa main comme au moment où sa Lorrie aimée s’avance vers lui en chemise de nuit transparente et bottes de cuir noir, ce qui le fait mourir de rire. Lorrie s’en vexe puis « s’habille  de deuil » afin tout soit pour le mieux  dans le moins pire des mondes. Celui qui se disait plus inquiet qu’angoissé mais  trouva dans le tailleur noire de son amoureuse une manière de se parer pour lui d’une politesse du désespoir.

 

J-P Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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